Par Juliette Cottin
paru en avril 2018
Aider N° 4

      Le bénévolat, travail gratuit ou solidarité nécessaire ?

      Les citoyens investis dans une action bénévole se comptent par millions en France. Cet engagement est-il nécessaire ? Vient-il pallier les manquements d’une société qui laisserait des gens sur le bord de la route ? Ou bien s’agit-il d’un travail gratuit risquant de déséquilibrer le marché du travail ?
      Le nombre de personnes qui s’engagent dans le bénévolat est en augmentation constante*. Y compris chez les jeunes et les hommes. Le besoin de se sentir utile, motivation première des personnes qui s’engagent, n’aurait jamais été aussi fort. Formidable ! Mais à quoi ressemblerait notre société sans ces bonnes volontés ? Est-il normal que ce soit l’action bénévole – autrement dit, le travail gratuit – qui pallie les manques et les inégalités de notre société ? Jean-François Serres et Pierre Sersiron croisent leur vision du bénévolat.


      JEAN-FRANÇOIS SERRES
      Après huit années au sein d’Emmaüs Habitat (1995- 2003), treize ans chez les Petits Frères des Pauvres, il a rejoint le Conseil économique social et environnemental où il siège à la section des affaires sociales et de la santé. À l’origine de la « Mobilisation nationale contre l’isolement social des personnes âgées » (Monalisa), il en est aujourd’hui le référent national.



      PIERRE SERSIRON
      À 28 ans, il a été successivement, animateur bénévole pendant cinq ans dans une radio associative, co-président d’un collectif départemental des associations de solidarité internationale avant de devenir co-président de l’association Attac Maine-et-Loire. Il est salarié dans le domaine de l’éducation populaire à la science.


      13 millions de bénévoles oeuvrent dans le monde associatif en France. Le bénévolat est-il une solidarité nécessaire sans laquelle la société ne pourrait fonctionner ?

      Jean-François Serres : Notre société tient sur un socle fondamental de relations engagées, volontaires et gratuites… Quand ce socle s’appauvrit, la société perd de sa cohésion, car c’est le creuset dans lequel les liens sociaux se tissent. Un rapport du Conseil économique social et environnemental (CESE) montre que ce socle relationnel engagé n’est pas suffisamment renouvelé. Oui, il y a 13 millions de bénévoles, mais il ne faut pas penser que c’est suffisant. Le monde associatif a besoin de soutien pour s’adapter aux évolutions de la société, dont les modes de lien social sont en grande transition. Il faut considérer que l’engagement bénévole est un levier essentiel de la fraternité républicaine. J’espère que le chantier lancé par le gouvernement Macron pour inscrire la vie associative dans une vraie politique sociale va aboutir. Il faut aider les associations à s’adapter aux nouvelles formes d’engagements qui vont vers plus de souplesse, vers un rejet des pesanteurs hiérarchiques, vers l’envie de s’engager sur des projets ou des missions, plus que pour une association spécifique. Il manque notamment un soutien aux initiatives collectives de citoyens, aux équipes citoyennes.

      Pierre Sersiron : Il est indéniable que la société telle qu’elle existe aujourd’hui ne pourrait fonctionner sans l’action de ces millions de bénévoles. C’est un travail de l’ombre considérable et indispensable à la vie citoyenne, sociale, sportive ou artistique partout en France. Non seulement ce travail favorise la mise en place d’actions multiples indispensables à la cohésion sociale et au vivre ensemble, mais aussi l'expérimentation d’autres formes d’être ensemble ou la contribution à la transformation de la société. Étonnamment, la mobilisation de ces millions de personnes est en partie rendue invisible face au mythe de l’entrepreneur individuel qui, lui, est constamment mis à l’honneur. Encore une fois, les activités non marchandes ne seraient pas aussi admirables que les activités marchandes. Pourtant, quelle cause plus noble qu’une cause désintéressée ?

      Certains conçoivent le bénévolat comme du travail gratuit susceptible de déséquilibrer le marché du travail. Que répondez-vous ?

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