Par Claudine Colozzi
paru en avril 2018
Aider N° 4
    • « Il comprend que j’en ai besoin. »
    • « Partir sans mon épouse n’aurait pas été envisageable. »
    • « Partager des moments en famille est essentiel ! »
    • 7 bonnes raisons de s'autoriser à penser "vacances" 
    • Partir en vacances : côté logistique 

    Partir en vacances

    Difficile quand on est engagé dans une relation d’aide d’envisager de partir en vacances. Changer d’air et prendre du repos est pourtant indispensable pour pouvoir aider longtemps. Mais comment prendre cette décision sans culpabiliser ? Et comment se préparer matériellement et psychologiquement ?
    Aidants et vacances sont deux mots qui vont très mal ensemble. Tellement compliqués à concilier ! Si l’on projette de partir seul, on se retrouve confronté à la fois à la culpabilité de laisser son proche aidé, et à la difficulté de trouver un lieu adapté qui puisse l’accueillir. Si on projette de partir ensemble, il faut trouver un endroit à la fois dépaysant mais pas trop éloigné de structures médicales (on ne sait jamais ce qui peut arriver), accessible à son handicap ou à sa perte d’autonomie. Voire dénicher une place dans un centre de vacances.

    Bref, les obstacles sont nombreux, et grande la tentation de renoncer au projet. Au point que parfois l’idée même de partir en vacances finit par se tarir. « Beaucoup d’aidants pensent que c’est mission impossible, confirme Valérie Larcher, psychologue clinicienne. Alors, ils ne s’autorisent pas à l’envisager. » Pourtant s’accorder du repos est essentiel. S’occuper d’un proche malade est épuisant physiquement et moralement. Confronté à la maladie de sa femme depuis huit ans, Pierre en sait quelque chose. « Sans la possibilité de faire une coupure de temps en temps, j’aurais craqué », admet le septuagénaire.

    Mais pour faire cette coupure, encore faut-il être capable de résoudre ce conflit interne : écouter plutôt ses besoins d’aidant ou ceux de la personne aidée ? « Les aidants finissent souvent par donner raison aux besoins de leur proche, remarque Valérie Larcher. A tort ! Car les aidants ont besoin de vacances. Non seulement pour eux-mêmes : pour éviter l’épuisement et se régénérer. Mais aussi pour la personne aidée. On n’aide jamais mieux que lorsqu’on est en forme. »

    Sans doute… Mais quid des problèmes logistiques ? Comment organiser des vacances agréables aussi bien pour l’aidant que pour l’aidé ? Il existe aujourd’hui de nombreux dispositifs qui permettent de franchir le pas, comme le racontent les trois témoins.

    « Il comprend que j’en ai besoin. »




    Muriel, 67 ans, est l’aidante de Michel, 80 ans, qui souffre de vertiges très handicapants depuis deux ans (région lyonnaise). Elle part en vacances sans son compagnon. Elle le place en hébergement temporaire dans un Ehpad.

    « Michel et moi avons beaucoup voyagé et beaucoup partagé d’activités sociales. Malheureusement, les vertiges dont souffre Michel depuis deux ans, l’ont progressivement amené à se recroqueviller. Il ne veut plus rencontrer nos amis. Il redoute de quitter son point d’ancrage, la maison, pour un lieu inconnu. Résultat, nous vivons de plus en plus isolés. Cette situation me pèse. Je m’en suis rendue compte en devenant irritable et en piquant des colères soudaines. J’ai compris qu’il fallait que je fasse une pause. J’ai repéré une randonnée sur l’ile de Madère qui me faisait très envie. J’ai cherché une structure pour accueillir Michel. Et j’ai trouvé une place dans un Ehpad. Bien sûr, il n’y est pas allé de gaité de coeur, mais il a compris que j’avais besoin de reprendre mon souffle. A mon retour, je l’ai trouvé très affaibli psychiquement. Quand j’ai décidé de repartir, nous avons testé la solution d’une dame de compagnie qui venait les après-midis. J’ai rempli le frigo, laissé toutes les instructions. Mais ça ne lui a pas convenu. Malgré tout, je n’ai pas renoncé à ces pauses nécessaires pour décompresser et de ne pas sombrer dans son mal-être. Car en plus de vertiges, il souffre maintenant d’une dépression. Il y a quelques mois, je suis partie en voyage en Asie durant deux semaines. J’ai trouvé une place dans un autre Ephad qui m’a semblé plus accueillant. Et j’ai demandé à la fille de Michel, d’abord rétive car très occupée professionnellement, d’intervenir en cas de problème. C’était la seule condition pour moi de partir l’esprit tranquille à des milliers de kilomètres. Cette formule a très bien marché. Maintenant, mes escapades font partie de notre rythme de vie. Michel n’est jamais heureux quand je lui fais part de mes projets. Je le comprends : ça lui rappelle qu’il s’est fragilisé et ne peut plus partager des voyages avec moi. Mais comme il le dit lui-même, il ne peut pas m’interdire de partir. C’est une soupape de décompression. Je reviens en forme et plus disponible pour lui. C’est bénéfique pour notre relation. Bien sûr, cela a un coût que nous pouvons heureusement nous permettre. Partir en vacances en confiant la personnes aidée nécessite un peu de logistique et d’organisation. Désormais, je réserve d’abord la place dans la structure d’accueil temporaire et ensuite, je décide de ce que je fais de mes vacances. Mais quand on l’a testé une fois, on y prend rapidement goût. »

    « Partir sans mon épouse n’aurait pas été envisageable. »


    Lire la suite ?

    Vous êtes abonné ?

    Pour lire la suite, saisissez vos identifiants


    Quelle est l'adresse email avec laquelle vous vous êtes inscrit ?

    Pas encore abonné ?

    Abonnez-vous à Aider - la revue !


    Abonnez-vous

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *