Par Anne Monnier
paru en septembre 2018
Aider N° 5
    • Nous sommes notre corps

    Être un corps, avoir un corps

    Le corps malade, vieillissant, en perte d'autonomie nous rappelle notre finitude. Et nous enferme dans une enveloppe que nous voudrions oublier.
    Dans son livre Patrimoine, l’écrivain américain Philip Roth relate le combat de son père contre la tumeur au cerveau qui finira par l’emporter. Lors d’un repas de famille, le père quitte la table pour la troisième fois et disparaît : « Nous prenions le café quand soudain il me vint à l’esprit qu’il n’était toujours pas revenu. Je quittai discrètement la table et, tandis que les autres continuaient à parler, je me glissai dans la maison, avec la certitude de le trouver mort. Il n’en était rien, mais sans doute aurait-il préféré être mort. Je sentis l’odeur de la merde dans l’escalier, à mi-chemin du premier étage. Quand j’arrivai à la salle de bains, je trouvai la porte entrebâillée, et sur le seuil, à même le sol du couloir, gisaient la salopette et son caleçon. Mon père était là au milieu de la pièce, complètement nu, tout juste sorti de la douche et encore dégoulinant. L’odeur était suffocante. En m’apercevant, il fut à deux doigts de fondre en larmes. D’une voix misérable, comme jamais et nulle part je n’en avais entendu, il m’avoua ce qu’il n’avait pas été difficile de deviner : “ J’ai chié dans mon froc ”, dit-il. » Suit le récit du fils qui l’aide à se mettre sous la douche, à se savonner, qui le sèche, tandis que son père s’effondre, le suppliant de ne rien dire aux autres.

    Nous sommes notre corps


    Ce corps qui trahit et qui flanche nous renvoie sans cesse à nos limites, au vieillissement, à la maladie. Il produit des excréments, il expulse par divers orifices, il est destiné à pourrir : c’est à cette dimension matérielle inéluctable que nous résistons tant que nous pouvons. Le corps est le lieu de notre vulnérabilité, il nous rappelle notre finitude : voilà peut-être pourquoi nous luttons parfois avec acharnement pour donner l’image d’un corps sublimé, baignant dans l’illusion de la jeunesse éternelle. Mais la maladie et la vieillesse le rappellent sans pitié : nous sommes notre corps, il n’est pas que simple enveloppe d’une entité plus spirituelle. Et même plus : nous devenons dans la maladie la propriété de notre corps que nous voudrions parfois oublier.

    Comment appréhender alors le corps défaillant d’un être aimé qui vit dans sa chair la perte de son autonomie ? [...]

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