Par Juliette Cottin
paru en septembre 2017
Aider N° 2
  • aider
  • histoire
  • hospitalité
  • migrants
  • hôte
  • autre
  • Les deux sens du mot hospitalité
  • L'hospitalité : un devoir sacré
  • Se mettre à la place de l'autre
  • L’hospitalité au fil de l'histoire
  • Le sens de l'hospitalité n'est pas à sens unique, c'est un échange
  • L’hospitalité au nom du "souverain bien"

L’hospitalité d’hier à aujourd’hui

L’arrivée quotidienne de migrants à nos frontières bouleverse nos principes d’accueil et génère des débats sans nuance. L’écrivaine Jacqueline Kelen convoque la littérature et les grands mythes pour proposer d’autres pistes de réflexions.
© REX Sipa


Les flux migratoires en Europe se sont accélérés depuis le début des années 2010 et ont provoqué ce que l’on appelle désormais « la crise des migrants ». En 2016, les tractations à coups de compensations financières entre l’Union européenne, la Turquie et la Grèce pour se répartir l’accueil de centaines de milliers de personnes fuyant la guerre ou la misère ont interpellé Jacqueline Kelen. Êtres humains à accueillir ou marchandises à gérer ? L’écrivaine a voulu apporter un peu de profondeur à la question et l’a abordée par le biais de l’hospitalité. Comment cette notion a-t-elle évolué au cours du temps et imprégné notre culture ? Elle a donc fait une immersion dans des textes mystiques, philosophiques, les mythes de la Grèce antique, la Bible et les contes, et a rapporté de ce voyage culturel une analyse subtile.

Les deux sens du mot hospitalité


« L’étymologie latine du mot “hospitalité” est double. D’un côté, il y a hospes, qui signifie l’hôte – celui qui accueille et celui qui est accueilli – l’hospitalité, l’hôtel, mais aussi l’otage. En ancien français, ostage signifiait en effet celui qui reçoit un hébergement ! De l’autre, il y a hostis, qui désigne l’hôte, mais aussi celui que l’on ne connaît pas, autrement dit l’étranger. De cette racine, qui a évolué vers le sens d’ennemi, découle en français le mot "hospitalité". Le sens de l’hospitalité s’est donc construit autour de deux notions. Premièrement, l’élan naturel de l’être humain de s’intéresser à l’autre, de donner de soi, d’avoir le goût de la relation, ce qui sous-entend une attitude d’ouverture envers autrui. L’hospitalité ne se traduit pas seulement par le fait de répondre à des besoins matériels ( aider l’autre à se nourrir, à se laver, à se loger ) mais aussi par une disponibilité pour l’échange d’idées, de sentiments, de projets et de rêves. Deuxièmement, toute rencontre est imprévisible – sera-t-elle périlleuse ou heureuse ? – et constitue de ce fait un risque potentiel. C’est une chose d’inviter des amis, c’est autre chose d’ouvrir sa porte à l’étranger. Toute rencontre humaine est une aventure, une prise de risque : il est impossible d’être sûr a priori qu’elle sera agréable. Il y a donc un principe de prudence qui s’applique. »

L'hospitalité : un devoir sacré


« Depuis ses origines, la notion d’hospitalité fait référence à un devoir presque sacré : un être humain digne de ce nom doit offrir l’hospitalité. Dans l’Antiquité, les récits regorgent d’histoires où derrière le simple étranger frappant à une porte se cache un dieu ou un héros. D’ailleurs, on accueille au nom de Zeus hospitalier ou de Jupiter hospitalier. C’est donc dans le respect d’une loi divine que j’accueille un hôte de passage. Cette interprétation est valable pour les chrétiens, qui accueillent aussi pour des raisons religieuses.

 

Toute rencontre humaine est une aventure, une prise de risque : il est impossible d’être sûr a priori qu’elle sera agréable.


Il faut se souvenir que les civilisations anciennes étaient beaucoup moins sédentaires que la nôtre et que, de ce fait, elles se composaient de nombreux voyageurs. Ainsi, l’hospitalité relevait souvent d’une question de survie. Dans une société qui refuse toute référence à un monde transcendant comme la nôtre, cette conception de l’hospitalité ne fait plus sens : au n

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