Par Jérôme Maufras
paru en avril 2018
Aider N° 4
    • Travail réprouvé mais nécessaire
    • Fichée ouvrière à domicile
    • Ballotée dans un univers brutal
    • « J’écris pour me vomir telle qu’on m’a faite »
    • Un acte révolutionnaire
    • Jusqu'aux limites de l'acceptable
    • « Les hommes sont horriblement seuls. »
    • Patience, empathie et art
    • Les damnés de la terre du sexe

    Grisélidis Réal, aidante de l’intime

    Écrivain, peintre et prostituée, sont les mots que Grisélidis Réal a souhaité faire inscrire sur sa pierre tombale. Pour la célèbre Genevoise, la prostitution relevait de l’humanisme.
    C’est un petit appartement de la rue des Pâquis, à Genève, dans un des quartiers chauds de la ville. Début des années 1980. Depuis les fenêtres montent les bruits de la rue. Bruits de bagarres, de groupes d’hommes ivres qui titubent et s’invectivent, bruits inquiétants d’une nuit qui ne dort jamais. Mais, une fois la fenêtre fermée, ce petit appartement devient un asile, une bulle, le dernier refuge de dizaines d’hommes qui y défilent chaque jour de 15 heures à 3 heures du matin. La lumière, tamisée par les stores, dessine en ombres chinoises ce ballet lancinant.

    © GATTONI/LEEMAGE

    Travail réprouvé mais nécessaire


    Ce qui s’y passe derrière les tentures d’andrinople n’a rien qui complaise à l’austère ambiance de la cité de Calvin. C’est le lieu où vit et travaille Solange, à en croire la petite étiquette qu’elle a punaisée sur la porte en bois du logement. Son travail est secret mais connu de tous, interdit mais toléré, réprouvé mais nécessaire. Solange est une prostituée connue par l’état civil, depuis sa naissance en 1929, sous le nom de Grisélidis Réal.

    Fichée ouvrière à domicile


    Si elle commence à se prostituer pour nourrir ses enfants dans les années 1960, elle continue par choix, en professionnelle libre. Fichée comme « ouvrière à domicile », elle se bat pour qu’on la désigne comme péripatéticienne.

    Pour elle, la prostitution est un métier. Si elle porte un prénom très rare tiré d'un conte de Charles Perrault, sa vie ne ressemblera pas à un conte. Elle mènera comme elle le répétera souvent avec son lyrisme aussi noir que ses cheveux et aussi cassant que la verroterie dont elle s'orne et qu'elle affectionne : « une vie de putain et d'artiste ». Une vie riche mais dure qui lui a valu de prendre des coups et d'attraper des maladies. Et qui l'a rapidement marquée.

    Ballotée dans un univers brutal


    Depuis son enfance en Égypte où sa mère la corsetait dans une éducation très stricte et la qualifiait de démon, jusqu’à l’Allemagne où son premier mari, un soldat noir américain désargenté, lui a fait rapidement comprendre qu’elle devait vendre son corps, « tu te prostitues ou tu crèves », Grisélidis ne cesse d’être ballottée dans un univers brutal et sauvage. Mère de quatre enfants, elle se prostitue donc à Munich. On l’accuse de vendre de la marijuana aux soldats américains. Elle fait sept mois de prison. C’est là qu’elle décide de fuir.

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