Par la Rédaction
paru en avril 2017
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Tout va trop vite pour l’un et pas assez pour l’autre

Comment apporter de l'aide à une personne en perte d'autonomie sans lui donner l'impression de la bousculer ? En essayant de comprendre ses véritables besoins. Et en mettant à distance ses propres impatiences. Analyse d'une situation côté aidé et côté aidant. 
Par Michèle Guimelchain-Bonnet

 

ISTOCK

Côté aidé


Scène de la vie quotidienne

Monsieur Paul, 86 ans, veuf, ne pouvait plus vivre seul à son domicile. Son fils, 45 ans, lui a donc proposé de venir s’installer dans sa maison, où il vit avec épouse et enfants. Ce matin, Monsieur Paul arrive, pas encore bien réveillé, en pyjama, dans la cuisine pour prendre son petit-déjeuner. Son fils est déjà là. Il est habillé. Il prend un café rapidement. Monsieur Paul a des gestes mal assurés à cause d’un léger tremblement. Sa marche n’est plus aussi souple qu’il y a quelques années. Mais Monsieur Paul reste très actif, au moins dans sa tête ! Il a toujours envie de faire des choses, grandes ou petites. Il aime s’occuper lui-même de son petit-déjeuner. Il sort donc la bouteille de lait du réfrigérateur, puis attrape un bol dans le placard. C’est un peu encombrant, il s’approche de la table pour poser tout cela. Son fils sort une tranche de pain de mie du panier à pain et la pose sur la table. Le beurre est là. Monsieur Paul prend le couteau pour beurrer sa tartine. Tous ses gestes sont accompagnés des commentaires de son fils : « Donne-moi ça, tu vas renverser. » Cette remarque est pour la bouteille de lait. Monsieur Paul essaie de se défendre : « Mais non, ça va. » Au moment où il étale un peu de beurre sur le pain, son fils lui dit : « Donne, je vais le faire, j’irai plus vite, il faut encore que tu fasses ta toilette. » Monsieur Paul essaie de protester mais rien n’y fait. Son fils râle, « c’est trop long, ce petit-déjeuner ». Et il attrape la tartine beurrée, la coupe en quelques gros morceaux qu’il met dans le bol de lait de son père. « Mais je n’aime pas ça, je veux ma tartine, pas de la bouillie. » Trop tard. Alors Monsieur Paul repousse le bol. Tant pis, ce matin, il ne mangera pas. Monsieur Paul est complètement abattu. Il avait faim mais il n’a plus envie de manger. Il n’a qu’une idée : retourner au lit et ne pas en sortir de la journée. Cela n’est pas possible, déjà son fils l’appelle : « Viens faire ta toilette, il faut que je parte au travail, dépêche toi, viens. » Son fils l’entraîne dans la salle de bain. Comment résister ?

 

Etre âge, même malhabile, ne signifie pas pour autant
que l'on soit devenu incapable de tous les actes du quotidien 


Décryptage

Le fils de Monsieur Paul traite son père comme si celui-ci n’était plus capable de quoi que ce soit. Or, être âgé, même malhabile, ne signifie pas pour autant que l’on soit devenu incapable de tous les actes du quotidien. Au fur et à mesure que l’enfant grandit, il apprend « à faire tout seul » des actes simples puis de plus en plus complexes. L’autonomie s’acquiert lentement au fil des années et s’en voir déposséder d’un coup est difficile, sinon insupportable, pour bien d’entre nous. De cette dépossession découle un sentiment douloureux de perte. Et ce sentiment vient s’ajouter à la perte objective des moyens. Monsieur Paul est plus lent qu’il ne l’était dans ses gestes, il marche plus difficilement. Il ressent bien lui même tout ce qui lui échappe. Alors se l’entendre dire si brutalement par son fils ne peut que le renvoyer à une sensation t

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